Erwin TRUM

1928 - 2001



PARCOURS

Eléments biographiques

1928 - Erwin Trum naît le 9 décembre à Munich. Abandonné à la naissance, il est placé dans un orphelinat.

1934 - Le jour de l'anniversaire d'Hitler, les allemands dressent des drapeaux nazis à leurs fenêtres. Son père fait de même mais il le couvre d'un crêpe noir en signe de deuil, manifestant ainsi son anti-nazisme. Militaire, pour éviter d'avoir des histoires avec les nazis, il se fait muter comme douanier au bout du Reich, en Bohème. C'est là qu'Erwin passera la guerre, dans un internat loin des villes régulièrement bombardées. A cette époque, il dessinait, mais pas plus que ça disait-il. En tout cas, sans intention de devenir peintre. Vers la fin du conflit, son père est capturé par les américains et se retrouve prisonnier de guerre aux Etats-Unis. Pendant ce temps, Erwin et sa mère rejoignent Ratisbonne, en Allemagne. Mais leur relation se dégrade. Il décide de fuir le foyer parental.

1945 - 2 années de déshérence dans une Allemagne en ruine, ou à 16 ans il survit de troc et de petits boulots. Mais l’atmosphère était selon ses mots, irrespirable.

1947 - N'ayant plus que 12 pfennigs en poche, il décide de s’engager dans la légion étrangère pour 5 années pour fuir tout ça et découvrir des pays sur lesquels il n’y avait pas beaucoup de littérature à l’époque. Et puis l’Indochine, c’était paradisiaque entendait on fréquemment. Son premier choc fut de découvrir que la légion étrangère était aussi une machine à recycler les soldats allemands et les nazis en quête d’une nouvelle virginité. Pour ne pas devenir fou il faisait des logarithmes et des exercices de trigonométrie pendant que ses copains buvaient d’abondance. Il apprend de la même façon la langue française, lisant les poètes, Villon, dont il se sentait si proche. En octobre 1949, Mao proclame la République populaire de Chine. Le rapport de force s’inverse et l’Indochine devient un enfer. Son deuxième choc, la fameuse devise « MARCHE OU CREVE ». Il échappe à la mort miraculeusement lors de la retraite de Cao-Bang début octobre 1950 ou six mille soldats français vont s’engloutir dans un désastre sans précédent. Il ne parlera que très parcimonieusement de cet épisode traumatisant de sa vie. Ce qui l'a frappé, c'est la mort… comment un homme peut mourir et passer à l'état de cadavre. Il fait partie des quelques survivants.

A voir sur Youtube le documentaire « Cao-bang, les soldats sacrifiés »

1952 - Il décide de ne pas rempiler avec 5 autres légionnaires. Ils sont débarqués à Marseille en décembre. Moins d'un an plus tard commence le siège de Diên Biên Phu ...
Arrive à Paris et exerce divers métiers (Citroën, aide géomètre, photographe de rue, barman, figurant de cinéma ...) Il s'intéresse à l'art, visite des galeries, des musées... Mais dans la France de l’époque ou le parti communiste est omniprésent, être légionnaire de retour d’indochine est très mal vu.

1956 - Alors qu'il se décide à un retour vers l’Allemagne, le hasard le conduit à Metz avec comme seul bagage une valise remplie de livres. Dans le train, il fait la connaissance d’un officier américain qui lui propose de travailler pour eux. C’est à la caserne Colin, à Montigny-lès-Metz, alors qu’il travaille comme interprète trilingue (Français, Allemand, Américain) et barman pour l’armée américaine, qu’il rencontre sa femme Odette. Il découvre son don pour le dessin en croquant les portraits des gens qui l’entourent à la plume et à l’encre de chine. C’est là que commence sa vie artiste. Ecriture et peinture sont au menu. Il réalise plusieurs manuscrits dont deux pièces de théâtre qu’il n’arrive pas à faire éditer. Découragé, il décide d’abandonner l’écriture pour ne se consacrer qu’à la peinture. Il réalise des gouaches, des dessins à l’encre ou au crayon, des portraits et des paysages.

Erwin TRUM1958 - Naissance de son fils Lionel. A partir de ce moment, il doit concilier sa vie de famille, sa vie professionnelle et sa vie d’artiste. Il consacre ses nuits à la peinture, et ceci lui restera toute sa vie. Jusqu’en 1963, il se mesure aux peintres qui ont marqué notre époque. Pollock, Chaissac, Miro, Kandinsky… Il expose régulièrement en Lorraine et à Paris jusqu'en 1968.

1959 - Naissance de ses filles jumelles Anouk et Viviane. Déménagement dans un 3 pièces cuisine, le salon tient lieu d’atelier.

1961 - Naissance de son deuxième fils Thierry.

1964 - Transition vers le tachisme.

1965 - Entame une carrière de journaliste au Républicain Lorrain. Elle durera 25 ans.

1966 - Déménagement dans un 5 pièces cuisine. Les tableaux sont stockés où ils peuvent aux quatre coins de l’appartement. Il se consacre à la linogravure et à la réalisation de tapisseries qui s’apparentent au patchwork et à l’art brut. Elles sont élaborées au milieu du salon qui tient toujours lieu d’atelier. Les éléments en laine, crochetés ou tricotés sont réalisés par ses enfants, notamment ses filles… Le musée de Metz acquiert plusieurs œuvres.

1968 - Rupture avec la peinture. Il détruit une grande partie de ses oeuvres et se consacre à la littérature et à l'écriture. Dans l’une des chambres il installe sa bibliothèque et une table qui lui sert de bureau. Malgré le manque d’espace, il réalise quand même quelques petits formats peints, des dessins à l’encre et des linogravures. Il lit beaucoup et acquiert une machine à écrire sur laquelle il créera plusieurs recueils de poèmes, "Windrose", "Schnulzenbrot" "Banaltag", "Fingerhüte", "Nachtschaffen".

1975 - Retour à la peinture dans un style différent qui annonce sa touche si particulière. Il loue un comble délabré qui lui sert d'atelier.

1978 - Son deuxième atelier. Plus grand, mais toujours aussi inhabitable.

Erwin TRUM

1981 - Il trouve enfin un véritable atelier et espace à vivre à Metz.

1982 - Bernard BLOCH réalise le film "Monsieur TRUM". A l'occasion du tournage, il rencontre Michelle Oneto qui devient, l'année suivante, sa compagne jusqu'à sa mort.

Erwin TRUM1984 - C'est une année charnière. Sa vie devient plus stable, plus régulière bien que très fatigante, puisqu'il travaille toujours comme journaliste le jour et peint la nuit. Il travaille énormément et il se produit une mutation, une véritable explosion dans sa peinture : un moment fécond qui se poursuit jusqu'en 1989, date de sa mise à la retraite et de son départ dans le Midi où une nouvelle aventure picturale l'attend.

1985 - Aventure du vitrail contemporain. Bernard Briançon, artisan fabricant de vitrail, lui permet une approche de l'art du vitrail par un peintre.

1986 - Michelle, sa compagne, achète la « maison de l'abbesse » du couvent des Ursulines, datant du 16 ème siècle, à Tarascon, en Provence. De nombreux voyages dans le Midi pour restaurer le couvent et installer un grand atelier.

1988 - Exposition collective "French Artists in America" au musée de l'université d'Indiana avec Marc et Roger Decaux, Franck Hommage, J.Koskowitz, Claude Prouvé, Jean-Charles Taillandier.
Exposition "Six Américains à Nancy" à la galerie Lillebonne à Nancy : Battaglini - Biddle - Dongilla - Hogle - Chuck Olson - Ned Wert.
Erwin Trum se lie d'amitié avec plusieurs de ces peintres américains, en particulier Chuck Olson et Ned Wert.

Erwin TRUM1989 - Le FRAC Lorraine, poursuivant sa politique d'acquisition, commande une oeuvre à Erwin TRUM pour la réalisation d'une tapisserie.
Le tissage de cette tapisserie de dimension imposante (450 x 300) se fait à Aubusson par les lissiers de "Aubusson International Tapisserie" de Jacques Fadat. Erwin y effectue de nombreux séjours pour suivre l'avancement de l'oeuvre et se lie d'amitié avec Lionel Rousset, le lissier qui tisse sa tapisserie avec une grande maîtrise malgrès les difficultés imposées par l'oeuvre originale. Ce fut une vraie collaboration, une amitié entre le peintre et le lissier.
Cette tapisserie est depuis exposée à l'hôtel de région de Metz.

Erwin TRUMAller / retours fréquents à Tarascon pour suivre les travaux de restauration du couvent ou Erwin assiste au tournage du film "1789" de Robert Enrico dans le château de Tarascon. L'animation provoquée par ce tournage autour du château donne au conseiller culturel l'idée de faire une exposition Erwin TRUM dans ce lieu privilégié. Mis à la retraite, Erwin quitte le Républicain Lorrain.

Erwin TRUM 1990 - Déménagement à Tarascon dans le couvent non fini, où seul l'atelier est (presque) habitable.

Il reçoit, pour l’ensemble de son œuvre, le prix artistique Galilée, décerné par l'Académie de Stanislas à Nancy.

1992 - Il se lie d’amitié avec le groupe d'artistes, peintres, graveurs, sculpteurs, qui gravitent autour de la Galerie de Fontvieille de Clothilde Gadler. Peinture - peinture - peinture - travail intense - années euphoriques.

Ses amis viennent de Lorraine, d'Alsace, d'Allemagne, de Paris, des Etats-Unis. Ce sont les années « rosé de Provence » et « marc de Gewurtz » où le vin coule à flot comme l'amitié.

Erwin TRUM 1993 - Il peint la série des « Tronches », ainsi qu’il les a nommé. Ce sont des portraits d’hommes et de femmes, princes, évêques ou rois, en costumes anciens, chamarrés, couverts d’or et de décoration. Mais ce sont aussi des figures de carnaval sous le masque dérisoire d’hommes de pouvoir. Les couleurs sont somptueuses, mais le message est féroce et désespéré.

Depuis 1991, il est très préoccupé et effrayé par les événements de Bosnie et de Croatie, le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica réveillent en lui ses souvenirs de jeunesse dans l’Allemagne dévastée de 1945. Il écrit de plus en plus sur la guerre et la folie des hommes. C'est la fin des années jubilatoires.

1996 - il sympathise avec une petite colonie d'artistes allemands résidant en Provence. Une éclaircie seulement, car son état de santé se détériore.
Sa vue baisse, il se fait soigner les yeux. « Depuis des mois, je dessine, griffouille, noir sur blanc, du graffiti pour la plupart », écrit-il à cette époque. "Est-ce mes yeux ?" Plus je cherche des tons francs et des dégradés, des contrastes fins et subtils, plus ça déraille, se mélange et finit en merde. Décidément quelque chose ne fonctionne plus. Quelque part ça a déraillé. L’idée même d’exposer dans ce contexte devient risible.

1997 - Après plusieurs interventions chirurgicales dues à des problèmes veineux et artériels, son état de santé déclinant entraîne une lassitude physique et mentale. Ces circonstances l'incitent à refuser deux propositions d'exposition à Los Angeles. L'une au musée de DownTown et l'autre à la galerie de Ross Watkins.
Progressivement, il abandonne la tempera au profit du dessin à la mine de plomb. Au travers de cette technique, il atteint un sommet dans la maîtrise du dessin : ce sont peut-être les dessins les plus forts et les plus poignants qu'il ait produits. Certains sont même prémonitoires : autoportraits nus, décharnés, …
Malgré tout, son ami Mickaël KNOBEL arrive à le convaincre d'exposer quelques dessins dans une galerie de Bamberg, en Allemagne. Il en revient très malade.

1998 - Il refuse une importante exposition à Saint-Rémy de Provence, prévue pour l’année suivante.

1999 - On lui diagnostique un cancer des poumons d'un stade déjà avancé. Il accepte de subir une radiothérapie et une chimiothérapie, mais refuse toute intervention chirurgicale.

2000 - Grâce à l’amitié indéfectible de Marc Decaux, il expose à nouveau à la galerie Lillebonne de Nancy, en même temps que le graveur Jean-Charles Taillandier. Durant l’été, une embellie passagère, suite au traitement, lui permet de recevoir des peintres russes amenés par son ami de toujours Roger Wiltz. L’un d’eux, Sergueï, réalise un magnifique portrait réaliste d’Erwin. Ces quelques journées - et soirées - estivales passées ensemble ont été l’une de ses dernières joies.

2001 - Il décède à Nîmes le 7 février des suites de sa maladie. Il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris.