Erwin TRUM

1928 - 2001



L'OEUVRE

Erwin TRUM - 14 décembre 1983 - Tempera sur papier - 20cm x 26cm Explorateur de la mémoire collective d'une génération d'européens, Erwin TRUM avait une sincère envie d'organiser le chaos.
En s'inscrivant dans une ligne qui suit un certain nombre de règles, la peinture d'Erwin nous offre des perspectives insoupçonnées qui imposent désormais une relation conjuguant fascination, fantasme, décomposition, recomposition et amour.

Les ensembles sur bois dont j'ai pu voir la lente élaboration exigeaient patience et travail. En dépit du temps ils surgissent toujours avec force et expressivité, comme une présence singulière et immédiate. Repérés et identifiables du premier coup d'œil, ils s'ouvrent à tous les sens. Leur matière et leur texture semblent remémorer des expériences picturales plus anciennes, tout droit sorties de l'univers iconique médiéval: des visions du monde et de l'homme dans le monde qui peuvent parfois être contradictoires. Ces univers presque organiques et compressés des années 80 pourraient être qualifiés de tragiques car ils portent en eux la conscience d'une déchirure. En effet, ils rappellent tout en montrant sous les formes d'une modernité qui n'est pas sans évoquer Pollock, ce que la tradition a d'inventif et d'audacieux. Au fil des années la surface de perception de ses oeuvres tendue par un enchevêtrement de plans se fait moins serrée. Elle est zébrée d'arabesques structurantes et de lignes aux tracés vifs qui orientent l'histoire du regard pour mieux transformer notre saisissement initial en un enfouissement dans les profondeurs mystérieuses de l'œuvre même.


Erwin TRUM - 13 novembre 1993 - Tempera sur papier - 45cm x 65cm Plurivoque, le travail d'Erwin TRUM assume en responsabilité tous ses constituants. Cette concentration de foisonnements ne renonçant à rien devient stridente dans les portraits et les corps qui hantent l'œuvre d'Erwin jusqu'en 2001. Les visages figés sont renversés, les yeux hagards immenses et les bouches muettes. Cris de vie ou de mort, de révolte ou de panique? Tout semble s'arrêter comme suspendu…. Erwin est plus que jamais dans ses toiles: libre et prisonnier. Leur destin et le sien se mêlent dans une spirale inextricable dont la force nous entraîne jusqu'à saturation. L'humour, l'ironie, la dérision y prennent une importance et des accents qui ne se retrouvent pas dans ses peintures de paysages. Dans une de ses nombreuses réflexions couchées sur le papier Erwin disait: "Nous aimons la beauté, que c'est moche! Ne savons-nous pas que la beauté est anesthésie de l'horreur, fuite vers la situation la plus désespérée ?" Funeste servitude que celle de ces visages, reflets du sien. Mais Erwin ne s'en soucie plus; il est là, comme désolé d'être ainsi, estimant sans doute plus que jamais que ses admirations pour Brueghel, Bosch ou Goya lui autorisent de telles obsessions visuelles simultanées, nouant ainsi avec le Savoir un autre et ultime pacte.

Gabriel DISS.
Conservateur du musée "George De La TOUR"
Vic Sur Seille.

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Erwin TRUM - 1991 - Tempera sur papier - 80cm x 19cm

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Erwin TRUM - 29 juin 1988 - Tempera sur bois - 46cm x 23cm Toute l’œuvre d’Erwin TRUM est unique, singulière ; je n'en connais pas de précédent. Fondamentalement intemporelle, universelle, elle se situe à la fois aux origines mais est également inscrite pour la fin des temps, lorsque le « UN » se sera retrouvé, réconcilié.



Erwin TRUM - 22 février 1990 - Tempera sur toile - 116cm x 89cm Cependant, bien que parfaitement identifiable, il est possible d’y déceler des sources, d’y voir des influences, des affinités diverses. Il me semble que presque l’intégralité de son œuvre est empreinte de l’esprit baroque, ce qui au regard des origines de l’artiste, n'a rien de surprenant.

Baroque parce que sa peinture, comme ses dessins, ont des propensions à se propager, à s'enfler, soumis à une densité, une profusion propre à cette forme d’expression. Œuvres éclatées, ouvertes, qui ignorent les limites du support. Absence de centre. Gothique également par ses couleurs flamboyantes, ses poussées verticales, ses ciels indigo, ses paysages auréolés, mordorés, nimbés d’arc-en-ciel que l’on voit souvent dans les compositions du gothique flamboyant rhénan.

D’autres proximités sont également perceptibles. Enluminures médiévales, hiératisme byzantin, visions oniriques proprement germaniques, foisonnement expressif et sensualité flamande (Grünwald, Altdorfer, Bruegel, Bosch, Rubens).


Erwin TRUM - 1989 - Tapisserie - 300cm x 450cm Rapprochements également possible avec l’art du XVIIIéme siècle et ce au travers des tapisseries, boiseries, tissus et orfèvrerie (Erwin a pratiqué la tapisserie avec bonheur et ce en particulier avec une œuvre inspirée d’une de ses toiles réalisée à Aubusson et commandée par le FRAC.Lorraine en 1989).
Erwin a été également à l’écoute des mouvements contemporains et en particulier ceux de la peinture américaine d’après guerre et qui peuvent se révéler dans les œuvres plus anciennes 64 à 66. (Pollock, De Konning, Tobey) et pour notre continent européen très certainement Bissière 76-77.


Erwin TRUM - 16 mars 1995 - Tempera sur papier - 55cm x 32cm Erwin Trum est un homme du nord. Il n’a pas eu l’arrogance religieuse et pragmatique des artistes du sud, mais bien celle onirique et visionnaire métaphysique de ceux du nord. Je songe alors à ses toiles sourdes et embrasées, à ses derniers dessins à la mine de plomb, sa série de portraits de « tronches » si intériorisés et expressifs d’humanité marqués d’affectueuses et compatissantes dérisions. Je pense à Rembrandt à ses gravures clair-obscur, griffées, scrofuleuses.


Erwin TRUM - 30 décembre 1990 - Tempera sur bois - 120cm x 140 cm C’est toujours un homme du Nord, lorsque dans ses vastes compositions paysagées, aux jardins suspendus stratifiés de miels et où se raidissent des cascades irisées avec par tout alentour, disséminée, une végétation gonflée de sève, l’artiste dit alors la nostalgie mélancolique des méridiens imaginaires des lymphatiques contrées du sud bercées de mers d’orients fastueux, odorants, qui laissent deviner, incertains, des cités, des ports, aux apparences méditerranéennes sous des lumières jaunes, rougeoyantes et célestes. Epars, on peut y discerner une humanité glorieuse, non pas riche de biens, mais détentrice de savoirs et de sagesse, a l’écoute du « Mystère », aphone car ici règne le silence. Là sont des Rois, des Princesses encensées, des orants, revêtus de somptueux vêtements, parés de bijoux étincelants. Erwin nous les a peints dans une suite de portraits divinisés, mais qui paradoxalement, n'en demeurent pas moins frappés d’humanité, gardiens de la vacuité, de ces trop pleins d’étoiles que le vide absorbe.

Avec le recul, je crois pouvoir dire n’avoir jamais vu Erwin qu’en « Noir et Blanc ». Je ne me souviens plus de l’avoir rencontré en plein jour, sous le soleil. Les vertus de notre astre ne semblaient pas lui convenir.


Erwin TRUM - 6 octobre 1992 - Tempera sur toile - 92cm x 63cm Quelques confidences pudiques et brèves m’avaient laissé comprendre qu’en d’autres temps, d’autres lieux, il avait eu à en subir les effets néfastes dans des jungles étouffantes, des déserts abîmés de chaleur. Peindre avec des cotons-tiges, exécuter de la main une danse tournoyante répétée, appuyée, inscrire ce qu’il disait être ses « asticots », les peindre là afin d’exorciser l’infecte, le répugnant, ces cadavres oubliés aux contorsions burlesques, habités de multitudes nécrophages … (Cao-Bang, 1950). Tenter de faire d’eux des passeurs, des artisans talentueux d’univers ressuscités. Rescapés de l’horreur… il fallait alors fuir au plus loin. Peindre, dessiner, écrire. Oubli de soi, la peinture comme un baume pour soulager la plaie. Aspirer à n’être plus qu’une illusion et accéder ainsi à d’autres illusions plus prometteuses. N’être alors qu’une ombre parmi d’autres ombres et ce durant toutes ces nuits assis dans des cafés au milieu de découpes brûlées de néons, insoumis à la pesanteur des jours. Etre à l’abri des vanités vindicatives. Compassion pour cette humanité marginale aux rires excessifs, aux plaintes lancinantes. Erwin savait trop bien ce que valait la vie d’un homme. Tous trop laids ou trop beaux, avec leurs vertèbres papillons et leurs cœurs aux formes extravagantes...

Christian BIZEUL - Peintre.

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Erwin TRUM - 5 juin 1988 - Tempera sur toile - 89cm x 119cm Voici un art d’une beauté à la fois hiératique et explosive ; une peinture conciliant ce qu’on croyait inconciliable ; le grouillement et la pose, l’ordre et le chaos, le figuratif et l’abstrait, l’ancien et le moderne. Ces impressions que nous livrent nos sens, Trum les a dépassées, fondues, rendues vaines, comme pour dire qu’au fond tout cela n’a guère d’importance, et que la vérité est ailleurs : non pas dans les tableaux, mais dans le regard de celui qui les a peints. Que nous montrent ces toiles ? A première vue, des sujets épiques, mythiques ou sacrés : batailles, fêtes navales, combats de titans, cartes du tendre pour pastorales, postulants pour odyssées, scènes religieuses… Mais si on s’approche, ce figuratif à l’ancienne se brouille et s’efface. Ne restent que des geysers de bleus, éruptions de rouges, cascades de jaunes, glissements d’ocres et de bruns. Ce qu’on prenait pour des scènes de genre un rien figées, se révèle plein de torsions, d’éclatements, d’évaporations brutales, d’une barbarie des couleurs qui fait disparaître l’impression première. On dirait que Trum a fait la synthèse de tout ce qui a été peint par le passé, en y ajoutant son commentaire personnel : en injectant l’ironie dans les sujets les plus graves, le doute dans les évidences les plus nettes. Les quelques lignes accompagnant ses œuvres renforcent cette interprétation. Tout est relatif, tout est autre chose, rien ne compte sinon ce que l’homme est capable de projeter sur le monde, et dans le cas du peintre, rien sauf ce jeu avec les couleurs et les formes.
Erwin était grand, autant qu’il m’en souvienne. C’est ainsi que je me le représente devant ses toiles : grand comme un arbre foudroyé, le cerveau ouvert laissant s’épancher des couleurs et des rêves, des fulgurances et des visions…

Richard SOURGNE - 2002

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On sait de TRUM qu’il est parvenu à un tour de force artistique inouï, à savoir briser les frontières visuelles entre abstraction et figuration.

Francis KOSCHER - 2005

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