Erwin TRUM

1928 - 2001



L'HOMME

trum - Erwin TRUM Erwin TRUM était grand, légèrement voûté, ce qui n'enlevait rien à sa prestance naturelle. Le front dégarni était haut; le regard clair et malicieux éclairait un visage ouvert taillé à la serpe. Ses mains longues et vives devenaient expressives et illustratives quand nous abordions la peinture, elles pouvaient se faire légères pour accompagner une fugue de Bach, virevoltantes quand il me lisait un de ses poèmes en allemand.

Il était pudique et réservé. Lors de nos rencontres il ne me parlait pratiquement jamais de sa vie d'avant, encore moins de son travail de journaliste. Ce qui nous liait c'était sa peinture si singulière à la technique si particulière faite de tradition et de modernité. Homme de culture, il était passionné par l'histoire de l'art et la quête du Sens. Il parlait de lui avec retenue, usait de la dérision et contrairement à beaucoup de plasticiens il montrait peu. Prudence devant la critique ? Besoin de se préserver ? Envie de choisir ceux à qui il se donne à voir ? Peut être y avait-il de tout cela dans son attitude; mais aussi certitude de peindre différent donc d'être profondément original. Au cours de son trop bref parcours d'artiste Erwin a exploré les tréfonds de l'âme humaine. Utilisant les images de l'histoire et les questionnements du temps, il affranchissait son acte créatif des résidus du passé avec la liberté que lui donnait une conscience assumée.

Gabriel DISS.
Conservateur du musée "George De La TOUR"
Vic Sur Seille.

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trum - Erwin TRUM Erwin TRUM était aussi un homme d’engagements, perceptibles dans ses nombreux écrits, ses aphorismes cinglants. Il était très sensible aux problèmes écologiques de notre planète, méfiant et critique à l’égard de certaines formes de « barbaries technologiques » mais c’était surtout un homme impuissant, démuni devant l’hypocrisie, l’arrogance, le mensonge, la souffrance.
Le monde a toujours été mal « monade parmi les monades » Leibniz, Schopenhauer, l’existentialisme avec pour souffrance récurrente ; «LES CAMPS ! - IL FAUT SAUVER SA PEAU AVANT DE SAUVER SON AME ». Sur sa table de chevet "l’homme sans qualité" de Musil qui dit si bien notre impossibilité à vivre, à trouver sa place, un salut quelconque. « Nous avons épuisé les réserves de nos rêves » m’avait-il un jour écrit, mais lui en était empli, inépuisable. Jamais il ne s’était défait de son humanisme pourtant si rongé de nihilisme qui l’excluait de certaines formes de bonheur. Le monde comme un brouillon illisible qu’il aura tenté d’harmoniser, d’influer au travers de son œuvre visionnaire, exigeante, et qui le mettra définitivement à l’abri du temps et des modes.

Christian BIZEUL - Peintre.

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trum - Erwin TRUM Trum, figure emblématique des nuits de Metz, poète, soiffard, philosophe, un artiste comme dans les livres, Trum a réussi à dépasser bien des souffrances pour inventer sa peinture de l’esprit, ou les bateaux, les bataillons, les draperies, les anges que l’on croit voir ne sont que nos projections mentales, des images pieuses auxquelles on veut se raccrocher.

André FABER - 2005

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trum - Erwin TRUM Il aurait pu devenir philosophe, physicien, musicien, mais l’histoire en avait décidé autrement : il avait tout juste quatre ans quand Hitler arriva au pouvoir et il se souviendra toute sa vie de la marée nazie qui défila dans la Nimphenburgerstrasse à Munich, la nuit du 30 janvier 1933. Ils portaient tous des torches et cette retraite aux flambeaux, les chants des milices nazies avaient effrayé l’enfant, comme s’il pressentait que de cette victoire sortirait douze années de souffrances et de destructions, et une tache indélébile sur le nom allemand : AUSCHWITZ ! A dix sept ans, Erwin Trum fuit l’Allemagne postnazie, écrasée, écrabouillée, libérée où il était devenu impossible pour une jeune conscience de regarder sans honte ce que Hitler et des dizaines de milliers de membres du parti national-socialiste avaient fait de l’héritage de Kant, Goethe, Hegel, Mozart, Beethoven, etc.
Nous devions parler d’un peintre et voilà que nous parlons histoire et philosophie ! C’est nécessaire. Parce que la peinture d’Erwin Trum est une peinture de philosophe, une peinture de physicien, une peinture de musicien, une peinture d’historien. Je ne vais pas raconter l’histoire du peintre et de sa peinture, je vais seulement dire que tout cela se trouve dans sa peinture. Il n’est pas besoin de connaître un mot de philosophie ou d’histoire, pour sentir que les forces à l’œuvre dans tel ou tel tableau viennent des profondeurs de l’Allemagne. De l’Allemagne des grands esprits et des grands artistes.

Roger Wiltz - 2002

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