Erwin TRUM

1928 - 2001



SOCIETE

Les taureaux meurent avec leurs banderilles.

Erwin TRUM - 9 décembre 1991 - Mine de plomb- 46cm x 57cm Leçon que je retiens de l’arène à Barcelone. On est toujours désarmé devant le ridicule affligeant de la mort qui vous frappe comme ça. Et une fois le taureau dégagé de la piste, on entend sur l’arrière cour le bruit des scies électriques qui lui coupent les cornes. Des fois, le corps du taureau bouge encore, tandis que dehors, le peuple attend la première viande encore chaude. Mais le spectacle payant est à l’intérieur. Le troisième taureau est sur la piste. Ta-ta ta-ta. La média véronica, en somme, c’est l’élégance inavouable qui saisi le spectateur transi par une admiration paralysante. Une architecture de la puissance, car tout fascine, le grand mystère du ridicule qui piège le sublime. Cela vous donne un sens de la vie plus décoratif pour en extraire une religion.

Erwin TRUM
04-III-1988

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IL Y'A DES ESPACES DESESPEREMENT VIDES AU PANTHEON,
LA GALERIE DES BOUCS EMISSAIRES.
NON PAR ABSENCE DE STATUES,
MAIS PAR MANQUE DE SOCLES.

Erwin TRUM
Erwin TRUM - 3 février 1996 - Mine de plomb - 30cm x 42cm

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Comme le glissement des formes et des couleurs,

Erwin TRUM - 20 février 1995 - Tempera sur papier - 83cm x 59cm Il en va de même du glissement des mots, de leur contenu et de leur sens. Ainsi les « directeurs du personnel » n’existent plus dans les entreprises. Sans doute ce terme avait une connotation par trop militaire ; « chef du personnel » ça fait « chef de compagnie ».
Par contre l’appellation nouvelle « direction des ressources humaines » est un euphémisme de la pire espèce. J’ignore si cette nouvelle définition a été inventée par un ressortissant de l’école des mines, mais elle invoque simultanément l’ancien concept du « négrier » comme celui nouveau de notre société d’abondance. En clair, tout se résume en un vaste management, l’élimination des déchets.
Ainsi il n’est guère surprenant que les artistes aujourd’hui puissent prendre aussi vite le chemin des musées que celui de la décharge publique.

Erwin TRUM
05-II-94

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Il existe une sorte de gens,

Erwin TRUM - 13 février 1996 - Mine de plomb - 40cm x 49cm Qui installés à table, écrasent joyeusement après le repas leur cigarette dans les assiettes et les sous tasses. Ce qui m’inspire un dédain aussi mythologique qu’irréparable. Bien sûr, cendrier ou assiette, avec les produits modernes et la machine à vaisselle, ou est la différence ? Tout baigne dans la même eau. Pourtant la situation est nette : d’un coté les récipients pour recevoir la matière organique encore vivante, parce qu’elle fait partie du cycle métabolique non achevé, de l’autre, les récipients pour collecter la matière organiquement morte et en fin de parcours. Définitivement, ma répulsion face à cette insouciance dans les comportements est quasi mythologique, car je soupçonne ces personnes, qui sont souvent d’un allant très agréable, d’être d’une éloquence inépuisable dans les pompes funéraires, tandis que les seules larmes dont je serai encore capable ne seraient dues qu’au désarroi et au désemparement de mes yeux trop secs. Certes, tous ces cas de figures ne symbolisent que le caractère superficiel de notre nature qui se réfugie dans les remparts d’une joyeuse inconsistance. Encore convient il d’éviter les mélanges et de ne pas se tromper de chronologie. Industriellement les hommes sont interchangeables, comme fonctionnellement l’assiette et le cendrier. Signe clinique d’une robotisation de l’esprit. La modernité peut être simplement une fable par le truchement duquel l’homme s’invente sa permanence. Un chapitre à classer sous la rubrique « post modernité » ou l’auto complaisance dans la vulgarité avec un raffinement qui cache le néoplasme de nos attitudes et réactions équivoques.

Erwin TRUM
27-V-1988

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Réconcilier l’art avec l’humanité.

Erwin TRUM - 15 février 1987 - Technique mixte - 75cm x 55cm Cela ressemblerait plutôt à une mauvaise farce d’un étudiant en beaux arts, encore jeune et naïf. Disons un pêché de croyant. Mais à tout prendre, nous touchons là au fond même d’une tragédie. Etre ou ne pas être ou être son propre substitut, son propre ersatz d’un ego déambulant. Etre son image que renvoie le miroir, mais non pas la personne qui fait la réplique, le double du miroir. En fait le miroir c’est nous même, et notre image des déductions d’esprit traduites en équations optiques. Cela rassure. Mais delà à supposer que l’on pourrait réconcilier l’humanité avec l’art, il y’a un grand pas. Trop on tenté l’aventure. Sans parler de l’aquarelliste d’Hitler. D’ailleurs ce chapitre mérite une réflexion. Trop nombreux sont les apprentis politiciens qui vous font des ronds de jambes et vous tapent sur le ventre, de véritables mécènes de leur propre avenir, parce qu’ils savent que si l’art sauve l’homme, c’est à titre publicitaire. Des lors, artiste ou politicien, ils n’ont la simple espérance de vie qu’une affiche. Mais cela nous confirme que la soif d’éternité peut être contenue dans une seconde. Le temps d’un arrêt cardiaque. Mais celui-ci est moderne.

Erwin TRUM
23-II-88

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Le style c’est l’homme.

Erwin TRUM - 1996 - Mine de plomb - 64cm x 50cm Il y’a un malentendu fondamental dans une affirmation telle que « le style c’est l’homme ». Certes, le style est une équivalence. Mais qui dit style dit forme, formelle et formalisée. Mais qui dit en même temps homme, dit également temps, durée, inconstance, abandon d’une manière d’être, s’exprimer, donc adaptation et évolution. Donc vouloir croire que dire « le style c’est l’homme » est synonyme d’une permanence affirmative de l’être, c’est confondre les variations sur un et un même thème, le credo de l’homme qui tourne autour de son propre axe au gré du vent. Tout n’est que maturation et adaptation. Le style par là ne peut qu’être un réflexe rétroactif, un temps de réponse d’un esprit en suspension. A tout prendre, Copernic et Galilée avec un petit supplément d’effort auraient bien pu anticiper Newton, et Newton de son côté Einstein. Mais cela aurait été une manière trop précoce de se suicider. Par contre Giordano Bruno, un contemporain de Galilée laissait déjà entrevoir Planck et Maxwell. Et c’est bien pour çà qu’il fut brûlé par l’inquisition. Mais par là aussi, le style, c’est l’homme inadapté. Car le défaut majeur des grandes vérités est qu’elles sont révélation d’une accumulation sérielle de mensonges qui établissent leur propre autonomie dans un tissu cohérent. Scientifiquement et théologiquement, Galilée ne risquait pas grand-chose en se reniant devant les juges de l’inquisition. Que le soleil tourne autour de la terre ou l’inverse, finalement il importe peu, la physique comme la théologie connaît ses précautions de langages. Mais de la à dire que dans l’infini il existe une infinité des mondes (en pluriel), qu’il y’a le un et le multiple, un univers sans limites, et qu’il n’y a pas uniquement que l’univers des hommes, bien que le tout pourrait être l’univers régi par dieu, il y avait une limite de déduction qu’il ne fallait pas franchir, mais dont la véracité et ses répercutions (le temps de réponse) constituent à travers le 19éme et le 20éme siècle la vague profonde. En livrant Giordano Bruno au bûcher, le pape de l’époque a trop bien compris : toute démarche vers une plus profonde connaissance du réel débouche sur une crise d’identité. Il vaut donc mieux se « faire une religion ». « Le style c’est l’homme » n’est peut-être qu’une simple manière de passer l’éponge, mais par là aussi, l’aveu implicite que l’homme n’est rien qu’un simple échafaudage de l’esprit, sa propre œuvre d’art. Il y’a des formes de cynisme qui sont sublimes.
Ne point assimiler avec élégance.

Erwin TRUM
26-II-88

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La grandeur et la décadence de l’occident

Se résumeront probablement pour les générations futures comme une simple éjaculation dans un préservatif. Ce n’est jamais la peur de se salir les mains qui a freiné l’ardeur de nos généraux, nos philosophes ecclésiastes et nos hommes politiques, mais leur souci d’une conception immaculée.

Erwin TRUM

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Erwin TRUM

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Les bons pères de famille

Erwin TRUM - 28 janvier 1997 - Mine de plomb - 64cm x 50cm Souhaitent ardemment que leurs enfants aillent plus loin qu’eux-mêmes dans la vie. C’est la rançon de l’évolution.
Les enfants prennent de plus en plus tôt le monde des adultes et la société pour modèle.
Ainsi peut-on parler de délinquance juvénile quand se vérifie l’adage :
tel père, tel fils.

Erwin TRUM

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Au début était le verbe

Erwin TRUM - 24 avril 1995 - Mine de plomb - 24cm x 32cm Cette ambiguïté ou polyvalence dans la traduction de la bible résume tout de même un problème fondamental, à savoir : toute vérité est à priori une vérité sémantique. C’est le sens qui donne le contenu d’un mot et non l’inverse. Nous sommes donc en face d’un postulat axiomatique, mais non démontrable. En effet, il fallait plutôt traduire: « au début était le sens ». Mais c’est par la même ou la logique devient une tautologie : elle ne prouverait jamais plus que la réalité continue en elle-même en se répétant. Comme si la logique, sœur jumelle de la sémantique ne s’auto produise elle-même par parthénogenèse ou par instinct d’inceste. Il en résulte qu’aucune analyse formelle ne résiste à la vérité sémantique, même si elle semble être d’une évidence éclatante. Voir par exemple les études faites sur la langue Hopi. Mais il en résulte aussi que la théorie des quantas a dépassé la logique, non seulement sémantique, mais par delà aussi les frontières mathématiques, pour revenir justement aux sources du contenu, le sens décidable d’un mot, qui n’est que concept, un instantané aléatoire, indécidable. Des lors toute religion, tout mysticisme, et par delà par ses applications aussi, la « politique », ne sont qu’une manifestation quantique de notre nature profonde, l’homme qui ne sait pas parce que le sens de l’humanité est indécidable. « Live in what you make out of it » et des lors le reflet d’un protestantisme américain primaire. Mais nous avons mieux en Europe, le marxisme, le nazisme, et toute notre panoplie de variantes sur une seule certitude : le sens qu’on prête temporairement aux mots. L’actualité journalistique peut être finalement le non événement dans la mesure ou il ne change rien dans notre manière de voir les choses, la définition d’une catastrophe l’opération d’un simple pléonasme parce que conjectures et habitudes de variables réduites en axiomes. Comment le miroir peut être l’instrument analysant son propre reflet. Donc il faudrait plutôt traduire « au début était la solitude », car nous n’avons que le verbe pour meubler notre existence en quête de sens.

Erwin TRUM
01-VI-1988

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Erwin TRUM


Parallélité.

Deux effets peuvent avoir la même cause, bien qu’ils ne se manifestent pas simultanément. Au cour de la campagne électorale pour les présidentielles*, Pasqua disait à Marseille : « M Le Pen est le ministre de la parole, moi je suis le ministre de l’intérieur ». Vu les résultats surprenants de Le Pen, un constat s’impose : le peuple préfère le ministre de la parole. Pas forcément un ministre de la propagande (succursale de la culture) mais un « évangéliste ». Le discours de Le Pen est aussi irréaliste et logique d’une manière mythologique comme la parole du christ : «Mon royaume n’est pas de cette terre». Car finalement c’est la seule parole qui «fonctionne», qui mobilise l’homme vers son avenir abstrait en tant que substance (Trieb). Le succès de Le Pen tient donc à ce que les gouvernements successifs (mais phénomène strictement éco-occidental) se sont rapprochés dans leurs langages. Puisque l’économie prime, la voie était ouverte vers un concours idéologique qu’on appellera en peinture «neue sachlichtkeit**». Mais cette «neue sachlichtkeit» en peinture, par son vide spirituel, nous fait également regretter les élans du cœur, les divagations inimitables de l’esprit, la poésie et toute la nébuleuse romantique. Des chimères certes, comme les chimères que sont les croyances, plutôt certitudes mathématiques que nous impose la croyance démythifiée dans les valeurs économiques. Ce déferlement de la vague lepeniste n’est qu’un effet à retardement, un phénomène qui a produit en peinture la vague post-moderniste. Le mélange intellectuel d’une «neue sachlichtkeit» (puisqu’il est incontournable en économie) mais réduit à sa propre figuration (dans le sens théatral) derrière le rideau de fumée des allégories, des paroles, qui par leurs charges mythologiques font appelle à travers l’esprit banal aux plus bas instincts dans un élan romantique. A partir de là, tout prend une aura biblique : «Ma vérité n’est pas de cette terre». Le mensonge devient raison. L’illusion règne. Et avec elle l’illusion de l’ordre. La connerie sera éternelle. Il est plus simple de décréter le bonheur une fois pour toute que de le créer. Mais comme dirait Pasqua aussi, les promesses n’engagent que ceux qui les croient. Cela nous défini la frontière quasi imperceptible qui sépare l’homme politique du voyou.
* 1988
** Nouveau réalisme.

Erwin TRUM
29-IV-88

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Erwin TRUM - 1995 - Mine de plomb - 24cm x 32cm Quelles que soient les turbulences de l’histoire,

L’important pour survivre est d’être du bon coté du manche, comme par exemple les fossoyeurs professionnels dans le maniement de la pelle, le seul métier qui ne connaîtra jamais une crise structurelle, ou par ailleurs, ceux qui en mai 68 ont décrété la mort de l’art pour encore mieux assurer leur avenir comme receleurs de cadavres.

Erwin TRUM
05-II-94

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Dés qu’une femme accouche, l’enfant ne lui appartient plus.
L’acte de la procréation, l’amour, un acte de séparation.
Un respect de la vie.

Erwin TRUM
Erwin TRUM - 1995 - Technique mixte - 64cm 50cm

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Nous vivons le siècle qui a inventé l’écologie.

La théologie du recyclage. Le rêve d’éternité.
Le mythe de conception immaculée en quête d’une nouvelle virginité.


Erwin TRUM - 28 octobre 1990 - Tempera sur papier - 40cm x 12cm
Erwin TRUM
05-II-94

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Il est toujours plus facile de réfléchir sur la société et ses problèmes que sur soi-même.

Erwin TRUM

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